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Un Iftar dans la plus grande communauté musulmane des States

Hummus chez Al-Ameer pour l'Iftar - Unsplash

Devenus ces dernières années symbole contrit de l’intolérance débridée du locataire de la Maison Blanche, les Etats-Unis restent pourtant avant tout un exemple de multiculturalisme épanoui. Peut-être nulle part ailleurs plus qu’à Dearborn, bourgade tranquille du Michigan où se trouve la plus grande communauté musulmane du pays, et où l’Iftar prend un goût particulier. 

C’est qu’ici, la majorité des musulmans intégrés à la communauté viennent du Mashreq, ainsi qu’en témoignent les nombreux restaurants libanais installés dans cette ville d’un peu moins de 100 000 habitants. Lors du dernier recensement de 2018, 44 000 d’entre eux, soit 46,3%, se disaient de confession musulmane, plaçant Dearborn en bonne position dans le palmarès des communautés islamiques les plus importantes d’Amérique du nord. On y trouve d’ailleurs l’Islamic Center of America, dont les 11 000 mètres carrés de surface en font la plus grande mosquée d’Amérique du Nord, ainsi que le musée national arabo-américain, et pléthore de restaurants mettant la cuisine du Moyen-Orient à l’honneur. Tapie à l’ombre de la bouillonnante Detroit, Dearborn est une banlieue américaine typique, entre rues verdoyantes de maisons coquettes aux bardeaux colorés bien entretenus, et malls impersonnels où enseignes de fast-food, hypermarchés démesurés et salons de beauté se partagent l’espace autour du parking géant.

Dearborn - Flickr -Kaya

Venu d’Europe pour se plonger dans l’énergie étourdissante de la Motor City, le voyageur n’aurait rien à y faire, et s’y retrouve d’abord quelque peu désorienté au hasard d’un avion raté. En bordure de freeway, le DoubleTree offre un point de chute d’autant plus réconfortant que le sourire de l’équipe est rapidement contagieux, tout comme leur enthousiasme quand ils recommandent une adresse où savourer l’Iftar avec les locaux ce soir: Al-Ameer, sans hésiter. Après tout, Eater ne l’a-t-il pas inclus dans son classement des 40 meilleurs restaurants du pays?  Sans hésiter, donc et sans tarder, non plus: c’est que les émotions ont le don de creuser, et justement, le soleil s’apprête à tomber alors il est temps de s’y rendre. Et de décider si le credo de la maison, “fiers d’être authentiques”, est mérité ou bien rien de plus qu’un de ces gimmicks si appréciés outre-Atlantique.

Iftar à Dearborn - DR

Savoureux Iftar

Fondé en 1989 par Khalil Anmar, Zhaki Hashem et leurs fils, le restaurant, installé en bordure du parking d’un petit zoning commercial, surprend d’abord par sa taille: suffisamment grand pour y asseoir 300 personnes facilement, avec des tables pour douze ou vingt déjà dressées. D’abord quelque peu esseulé, l’agnostique pressé de s’y attabler se retrouve rapidement pris au coeur d’un ballet étourdissant, les tables se remplissant les unes après les autres, de familles à l’enthousiasme exubérant ici, là, de couples plus âgés dînant en tête-à-tête, ou encore de précieuses comme on se les figure à Dubaï, dont le hijab laisse apparaître un maquillage impeccable et l’éclat de l’un ou l’autre bijou coûteux. Tout se beau monde se sert à mains nues dans les petits plats disposés au centre de la table, entre feuilles de vigne juteuses, taboulé rafraîchissant à souhait et grillades cuites à la perfection.

Dearborn - Iftar Al-Ameer - Kathleen Wuyard

Tout aussi savoureux que les recettes de familles généreusement services ici, la volonté des deux associés de privilégier les producteurs locaux et les fermes de la région, le restaurant s’enorgueillissant de choisir ses viandes Farm to table, ainsi que de servir le meilleur hummus du Michigan. Ce soir d’Iftar à Dearborn, Donald Trump n’a pas encore réussi à faire ratifier son décret anti-immigration, interdisant de manière permanente l’accès au  territoire américain aux ressortissants de six pays majoritairement musulmans, et l’ambiance est à la fête. Les quelques rares dîneurs d’autres confessions attablés chez Al-Ameer ne suscite pas la moindre curiosité chez les musulmans venus ici rompre le jeûne, trop occupés qu’ils sont à signaler aux serveurs qu’il faut plus de pain ou à reprendre encore un peu de caviar d’aubergines. Derrière le comptoir, Khalil et Zhaki s’en réjouissent: après tout, ainsi qu’ils aiment à le rappeler, s’ils ont ouvert leur restaurant pour servir la plus grande population arabe en dehors du Moyen Orient, rapidement, leur cuisine a su séduire les habitants de souche. “Fiers d’être authentiques”, sourient-ils. “E pluribus unum”, ajouterait l’autre, la bouche pleine de hummus.

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