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Chroniques du vin et des vignobles : Champagne et burgers

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Champagne et burgers, une association hasardeuse ?

Nous sommes tous devenus des enfants de l’Amérique. Jadis, je me souviens des critiques acerbes sur les dangers de la malbouffe de José Bové organisant des opérations coups de poing dans les Mac Do de province, de feu monsieur Coffe haranguant une foule en pâmoison sur la m… servie par ces sociétés agro-alimentaires, des Jean Yann fulminant contre les fossoyeurs de la tradition culinaire française. Et trente ans plus tard, où force est de constater que les bonimenteurs des brasseries à la mode, des fast-food lounge ont gagné. Faites un soir l’exercice de dénombrer le nombre d’établissements proposant à la carte les fameux burgers, hier décriés comme le mal absolu pour l’artisan restaurateur, le parangon de la vulgarité des produits de table. Les cuisiniers ont trahi, ils ont cédé à l’absurde, à la facilité et la clientèle a suivi… L’exception des samedis avec mouflets et bain à balles de plastiques  multicolores est devenus en moins d’une décennie l’incontournable de la petite bourgeoisie branchée et des investisseurs de l’horeca en quête d’originalité douteuse et de marges consolidées.champagne burgers 1LOW Chroniques du vin et des vignobles : Champagne et burgers

Car il n’est plus rare de croiser, à la faveur d’un déjeuner dans des estaminets en vue, des cols bleus attablés devant des déclinaisons inutiles et improbables de petits pains fourrés au foie gras, au carpaccio de saumons, aux viandes argentines maturées, et autres élucubrations d’illuminés ne sachant plus quoi inventer pour épater le cravaté en mal de reconnaissance, souvent armé d’un savoir vivre proche du néant.

 

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Les vins ont malheureusement suivi cette tendance, le champagne en tête. Loin de nos cousins d’outre-Atlantique qui ont su garder une culture bien à eux, associant bière, milk-shake ou autre soda cafeïné aux arômes vanillés au menu familial quotidien, l’homo sapiens européen se permettra de commander avec ses deux tranches de gras et son cheddar millésimé une belle coupe de la boisson mythique par excellence. Il trinquera sans sourciller à la Ponsardin devant ses frites country et sa salade en berne, sans doute pour affirmer son bon goût.

Enfant, ce nectar était la marque des nantis, des repas de fêtes, des petits plaisirs de fins d’examens pour attraper dans ses filets une conquête improbable. Les choses ne changent pas toujours en bien… Les maisons les plus prestigieuses qui conservent précieusement au fil des ans des échantillons de leur production, qui les assemblent avec soin et amour pour le plaisir de reconstituer le même exploit chaque saison, sont désacralisées par des consommateurs nouvelle vague. Hier encore, je traînais dans la cité ardente en quête d’un repas tardif. Comme beaucoup je dois me plier à cette mode ridicule qui perdure faute d’alternative, je m’attable, je commande le double cheeseburger original accompagné de son demi seau de french fries brunâtres à la fleur de sel. Le groupe d’à côté des quinquados endimanchés commandent simultanément, deux cheeseburgers, un guacamole, trois baltiques saumons mi-cuit et deux bouteilles de Laurent-Perrier rosé… J’ai annulé sous le regard interrogateur de la serveuse, je suis allé manger des frites sur un banc le long de la Meuse. Les précieuses ridicules ne m’ont jamais amusées.

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