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Chroniques du vin et des vignobles : Verone et Amarone

Verone et Amarone

Parlons un peu d’Amarone

Il y a des villes qui de tout temps ont inspirés le public, sorte de fantasme de l’univers culturel collectif hérité de nos aïeux qui ont marqués les esprits d’une empreinte indélébile. Vérone ne fait pas exception, classée patrimoine de l’Unesco, réputée pour ses arènes centenaires, ses monuments antiques et renaissants quasiment intacts et, hélas, trois fois hélas, portée aux nues par la tragédie de Shakespeare. Elle est surtout renommée pour cette dernière parenthèse, même si le lieu n’a finalement que peu d’importance pour la trame. Cité emblématique du romantisme gnangnan, capitale des prépubères rebelles au charisme de beignets, théâtre de l’apogée de l’amour bêta et des rivalités lubriques d’ados, mes parents sont des sales c…, l’amour a raison de tout, même de la raison. Pourtant, le chef-lieu de la Vénétie a longtemps été considéré par ses contemporains comme un lieu privilégié, épargné par les ravages du temps et les invasions successives.

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C’est donc en galante compagnie, mi-figue, mi-raisin, que nous décidâmes de planifier une escapade guimauve au cœur de la capitale des comédies musicales à deux sous. J’avoue que l’idée dans un premier temps ne m’a pas vraiment transporté, mais le mâle est lâche quand il s’agit de sentiment et deux fois plus en période estivale quand il n’a pas « pécho ». Puis le large du lac de Garde à ses limites et beugler dans un italien improbable au volant de ma fiat de location me réjouissait plutôt après trois semaines de vélo, plages, pâtes les yeux dans les seins.

Dès les premiers pas dans la cité, je dû me raviser, point de statue de Di Caprio, encore moins de mélodie mièvre, quelques hommages discrets aux amoureux maudits sans plus. Les palais et les monuments aspirent au calme, les arènes inspirent le respect ; un havre de paix et de beauté en cette fin de saison. Les trattoria fleurissent aux alentours des piétonniers et nous ne tardons pas à repérer un petit établissement aux fenêtres fleuries bordant une charmante fontaine sur la Piazza Erbe.

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Je m’installe pendant que la dame se précipite afin de se repoudrer le nez, et mon regard se perd dans la carte distraitement. La douceur de l’air me berce, la magie opère. Que m’arrive-t-il aujourd’hui, je suis amoureux de ma blonde… Audacieux, je commande pour deux, les capellini aux cèpes et canard et le vin le plus cher de la carte (70 euros), un Amarone 2011, sans savoir nullement ce dont il est question. Le patron me regarde avec un air circonspect, et joue le jeu devant ma blonde rafraîchie. La robe est sombre, le nez est généreux et charpenté, la mise en bouche : un bouquet de saveurs puissantes sans être alcooleuses. Bref une symphonie atypique issue d’une vinification propre au terroir. A mes yeux pétillants, le restaurateur, jusque là imperturbable, se rassure et sert cérémonieusement le breuvage. Le cadre serein en ce début de soirée invite à prendre son temps et le choix du met se révèle judicieux. Les pâtes al dente déglacées au vinaigre balsamique et le boisé des cèpes subliment tendrement le cru millésimé, le canard fondant et croustillant glisse sur ce précieux liquide velouté. Une merveille! Habitué aux vins corrects de coopérative régionale, des valpolicella ou autre Bardolino quelque fois douteux, je reste en extase devant cette perfection d’équilibre et de caractère. Grand prince et enchanté du premier flacon, je sollicite une seconde de l’année suivante. Le staff se met en ébullition et nous apporte un trio de mignardises chocolatées dont la légère amertume met en relief les caractéristiques nobles du cru 2012. Nous plaisantons, ma voix commence à porter sur la Piazza et les serveuses commencent à se détendre à nos côtés. Et là, patatras ! La belle demande des glaçons trouvant le vin trop chaud dans la moiteur du soir vénitien. Acquiesçant malgré le rouge aux joues, j’eus le cœur brisé en quelques secondes. C’est vrai l’amour est une tragédie quand il pousse à être bête. Depuis, nous nous sommes séparés, je ne l’ai plus revue, mais je suis resté un inconditionnel de cet OVNI viticole, n’en déplaise à Juliette.

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