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Chroniques du vin et des vignobles : La route des vins d’Alsace

by Gauthier Stéphane / © by Photo News

La route des vins d’Alsace, arpentez-la avec humilité

Aaaah la rentrée, période tant redoutée par nos têtes blondes et leurs chers professeurs, les souvenirs des vacances déjà lointaines, les bouquets de crayons en vrac, le stress des préparations au cœur des doux foyers. Néanmoins, le mois de septembre est également associé à la grande braderie des foires aux pinards. L’occasion pour nombre de néophytes de faire le plein de dive bouteilles que l’on se partagera à la faveur d’un été indien devenu courant sous nos latitudes, n’en déplaise à Dame Nature.

L’année dernière, je ne fus pas de reste au rendez-vous de la traditionnelle curée de crus en tout genre, des petits rosés aux bordelais labellisés, des côtes du Rhône aux prestigieux bourgognes de domaines aux noms ampoulés.

Dans cette frénésie de bonnes affaires, je croise dans les dédales savamment orchestrés des papas lunettes sur le nez détaillant les étiquettes d’un air circonspect propre au connaisseur du dimanche, pendant que les mamans se bousculent dans les rayonnages de vêtements dégriffés à 50%, traînant accrochés à leurs jupes quelques bambins en pleurs d’avoir manqué le fameux cartable Minions qui fit des ravages l’an dernier auprès de ces consommateurs aguerris mais pas encore solvables. On a beau dire, mais la théorie des genres, ce n’est pas encore pour demain.

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Foire annuelle aux vins dans la grande distribution by Bert Van den Broucke / © by Photo News

Comme beaucoup je me retrouve aux caisses où les bronzages s’écaillent et les petites poches sous les yeux traduisent la lassitude d’un rituel qui n’amuse personne, mais qui quelque part nous rassure quant à notre appartenance au genre humain occidental de moyenne condition.

Fière de mon raid sur les promotions 2015, le coffre rempli jusqu’à la gueule de cartons multicolores arborant fièrement les écussons de médailles soit disant prestigieuses, je me presse de rentrer dans mes pénates, fort de mes 120 bouteilles que je m’empresse de disposer avec amour dans les petites alvéoles achetées à cet effet.

Et c’est avec tendresse que je contemple cet amas religieusement disposé dans un des recoins sobre où l’on invite quelques privilégiés en fin de soirée afin de chercher la «petite sœur» et d’éblouir l’imbécile sous un torrent de caractéristiques retenues d’étiquettes volontairement poussiéreuses.

Puis vient l’invitation des mes amis alsaciens, j’ai toujours été fidèle à cette rencontre annuelle qu’est la route des vins d’Alsace où il fait bon de partager sans demi mesure ses souvenirs d’été pourri, ses opinions politiques stériles et bien entendu les vins du tirage arrivés à maturité. Une occasion pour moi de sélectionner quelques flacons bien sentis du terroir de mes hôtes arborant les dénominations les plus pompeuses aux polices vintages de bon ton.

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La route des vins d’Alsace by Christophe Vandercam / © by Photo News

Mes hôtes, très attentifs à mon confort et fidèles des manifestations bibitives de leur terre natale, ne me laisse pas même le temps de déposer mon précieux fardeau et me pressent sans chichi à une petite dégustation rassemblant quelques exploitants au sud de Colmar.

Atterrissage 30 minutes plus tard… Surprise, pas de palettes sur le parking, point de banderole promotionnelle, aucun caddie en vue, juste quelques petits groupes rassemblés autour d’une dizaine d’échoppes sobrement décorées et quelques stands de produits de bouche locaux bien achalandés.

Les dégustations se succèdent au rythme des rencontres, chaque producteur pressé de présenter son panel. Loin des cérémonials habituels, les crus côtoient de merveilleuses charcuteries et je me laisse guider au fil des mono-cépages propres aux différents domaines avec déjà pas mal de promesses d’achat pourtant sans pression aucune. Les prix sont de l’ordre de 8 à 10 euros ce qui me surprend proportionnellement aux affaires que j’ai pu dénicher la semaine précédente. Mais le côté artisanal, l’accueil, l’amour des viticulteurs pour leurs nectar décrit avec emphase me pousse à la clémence.

Puis la boulette… Le cinquième estaminet improvisé me fut fatal. Un vigneron à la mine bougonne nous accueille l’air renfrogné. Mon ami dont l’attentive épouse s’est éclipsée afin de nous mitonner un des ces petits plats afin d’éponger la dégustation qui dure depuis maintenant près de trois heures, nous verse nonchalamment son Pinot Noir cuvé spécial sans un mot.

Sans prendre plus attention au bourru de service nous portons nos verres au nez, révélant un bouquet fruité surpassant tous ceux qui bénéficiaient d’un semblant d’état de fraîcheur de notre part. La première bouche renforce cette impression olfactive, point d’amertume, aucune acidité, un velouté incomparable pour un tirage à 13%. Véritablement abasourdi par cette découverte, je demande au brave homme le prix à l’unité, ce dernier me répond sans trembler un 14 euros sonnant et je trébuche une première fois. Je lui demande si le carton se vend moins cher, mon ami s’éloigne progressivement, sans s’émouvoir le rocher quinqua me répond que non.

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La route des vins d’Alsace by Christophe Vandercam / © by Photo News

Fort de mon alcoolémie, je me précipite à mon véhicule, toujours chargé de cartons qui souffrent silencieusement. La suite n’est pas racontable. Bien entendu la comparaison n’a pas tenu le premier nez. Évidemment, les breuvages n’avaient rien en commun quant bien même le libellé était pratiquement identique.

Je vous épargne l’humiliation de votre compatriote en terre de France, ainsi que les longues tirades de ce qu’est le vin de propriétaire et non une coopérative lambda.

En arpentant la route des vins d’Alsace, ou n’importe laquelle d’entre elles d’ailleurs, retenez juste que vous n’achetez pas un paquet de céréales à 50%, mais un concentré d’histoire qui, de temps à autre, il nous faut recouvrir.

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